Pourquoi la réalisation de projets devrait faire partie intégrante du cursus scolaire

Une des questions que nous ont posées nos profs au début de ce projet était : « Qu’allez-vous apprendre ? Qu’est-ce que ce projet va vous apporter ? »

« A organiser un événement, à préparer un budget prévisionnel, à contacter des conférenciers, à communiquer pour rassembler du public, à créer un logo et autres outils de communication, à maîtriser de nouveaux outils dont nous aurons besoin dans le cadre du projet, à travailler en groupe, à contacter et interagir avec des structures institutionnelles… » La liste des réponses que nous leur avons données est longue, pourtant cela ne les a pas convaincus. Je rappelle qu’à l’époque, nous voulions intégrer notre projet dans une UE de notre licence, nommée « Projet Expérimental Libre », et qu’il fallait donc convaincre les responsables pédagogiques du bien fondé de notre entreprise.

« C’est bien gentil tout ça, mais en bio, qu’est-ce que votre événement va vous apporter ? Parce que quand même, vous êtes en licence de Bio, pas d’événementiel ! » Voilà une réaction qui m’a laissée sans voix, et je n’étais pas la seule. Comment peut-on accorder si peu de place aux compétences transversales dans une formation ? Ce qui me choque, ce n’est pas le fait qu’on nous ait refusé le droit de remplacer une UE de TP de Biologie par ce projet, puisque la licence s’inscrit dans un cadre universitaire relativement strict, mais plutôt cette manière de considérer, par principe, qu’en Licence de Bio on ne doive faire que de la Bio, que les compétences transversales sont accessoires et peuvent très bien s’apprendre sans vraiment en faire l’effort, dans nos diverses activités extrascolaires.

D’ailleurs, les profs auxquels je fais référence ne nient pas l’intérêt d’acquérir des compétences transversales. Simplement, ils les considèrent comme secondaires, des « à côté » d’une formation universitaire de base.

Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire un article pour défendre l’importance de la conduite de projets dans un cursus scolaire.

« Les sorties scolaires contribuent à donner du sens aux apprentissages en favorisant le contact direct avec l’environnement naturel ou culturel, avec des acteurs dans leur milieu de travail, avec des œuvres originales… Les supports documentaires, papier ou multimédia aussi précieux soient-ils, ne suscitent ni la même émotion, ni les mêmes découvertes. Les sorties concourent ainsi à faire évoluer les représentations des apprentissages scolaires en les confrontant avec la réalité. Elles illustrent l’intérêt et la diversité des manières d’apprendre qui font une part prépondérante à l’activité des élèves sollicités aussi bien sur les plans social, moteur, sensible que cognitif. […] Les sorties scolaires favorisent le décloisonnement des enseignements, non seulement en créant une unité thématique mais aussi en mobilisant des savoirs et des savoir-faire constitutifs de disciplines différentes pour comprendre une situation complexe ou agir de manière appropriée dans un contexte inconnu. » (extrait du BO de l’Education Nationale HS n°7 du 23/09/1999)

Ces constatations pourraient s’appliquer à un très grand nombre de projets et pas seulement aux sorties scolaires.

Les intérêts de la conduite de projets peuvent selon moi se classer en quatre catégories :

  • Ancrer les apprentissages dans une démarche concrète. D’abord pour leur donner un sens. Il est toujours plus facile d’apprendre quand on comprend l’intérêt de ce qu’on apprend. Ensuite pour permettre aux élèves de les mettre en application dans des contextes variés, différents des exercices scolaires classiques. C’est surtout cela qui est mis en valeur à propos des sorties scolaires dans le bulletin officiel cité plus haut. Celui-ci évoque aussi un élément intéressant : les mécanismes d’apprentissage ne sont pas les mêmes pour tous, et multiplier les angles d’approche d’un enseignement peut permettre à tous de l’intégrer plus facilement.
  • Découvrir. D’autres cultures, d’autres modes de vie, des professions, … S’ouvrir au monde et aux autres.
  • Acquérir des compétences transversales. Parler en public, documenter une expérience pour pouvoir ensuite effectuer une restitution, collaborer et travailler en équipe, assumer des responsabilités, planifier un projet, avoir un retour critique sur une expérience, maîtriser des outils de bureautique, être autonome, etc. Ce sont des compétences qui sont pour beaucoup essentielles, dans le cursus scolaire comme dans le milieu professionnel, et pourtant le temps consacré à l’acquisition de ces compétences est selon moi très insuffisant.
  • Donner confiance en soi. Les projets permettent de valoriser les compétences propres tous les élèves, y compris ceux qui ont des difficultés dans les domaines scolaires. C’est qui est particulièrement  intéressant quand on sait que les élèves français manquent particulièrement de confiance en eux.

On pourrait penser que ce n’est pas à l’école (au sens large du terme) de faire ce travail d’approfondissement des apprentissages, de découverte du monde et de valorisation des élèves sur des compétences non-scolaires. C’est vrai, pour presque tout ce que j’ai décrit plus haut, la famille peut apporter beaucoup. Et on voit apparaître une vraie différence selon les milieux socioculturels.

La conduite de projets intégrés dans le parcours scolaire est donc particulièrement bénéfique pour ceux qui n’ont pas la possibilité de construire des projets équivalents hors du temps scolaire, que ce soit en famille ou avec leurs amis.

Bien sûr, il y a aujourd’hui quelques « projets » qui sont intégrés dans les pratiques scolaires. Les exposés notamment. Mais suffisent-ils vraiment ? Quand on voit arriver en classes préparatoires (supposées être destinées à « l’élite » du système scolaire français, bien que cette conception soit grandement dépassée) des élèves terrorisés par l’idée de présenter un exercice au tableau ou incapables de fonctionner correctement en groupe pour un projet expérimental, on peut se permettre de penser que non. Je fais cette constatation sans aucun jugement de valeur des élèves ou des professeurs. Simplement, l’apprentissage par la réalisation de projet n’est pas rentrée dans les mœurs en France, et je le déplore.

Pour finir, une synthèse intéressante sur le sujet, proposée par l’Unesco.

La Chapelière

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